A
Château Chalon (Jura), dans le quartier le plus sensible de ce village protégé,
une opération immobilière menace gravement la perspective la plus appréciée, la
plus photographiée, la plus dessinée, celle qui se déploie depuis le Belvédère
de la rue Saint Jean, en direction de
l’église St Pierre, édifice du XIIème siècle classé depuis des décennies. Tout
l’environnement de ce lieu, ses murs et ses terrasses anciennes viennent
d’ailleurs de faire l’objet d’une restauration largement subventionnée par des
fonds régionaux, nationaux et européens.
En 2001, les propriétaires de la maison la plus proche de l’abside ont
déposé une demande de permis de construire visant à élever une aile nouvelle
perpendiculaire au bâtiment existant. L’édification de cette extension
aboutirait de fait à occulter presque totalement la vision de cette abside. Le
dossier déposé en mairie ne comportait aucun volet paysager alors que le site
se trouve dans le périmètre de la zone protégée. L’Architecte des Bâtiments de
France qui aurait dû exiger au moins une étude de perspective a validé ce projet manifestement sans en évaluer les effets.
Ceux-ci ne sont apparus que lorsque la construction a commencé
plusieurs années après. Des habitants sont alors intervenus auprès de la
municipalité qui a voté le principe de l’arrêt des travaux pour une reconsidération
du projet. Depuis lors, des propositions ont été faites aux propriétaires,
notamment par l’architecte-conseil de la commune, pour une réalisation moins
mutilante pour le site, et de nature à répondre à leurs besoins légitimes.
Les propriétaires ont rejeté ces propositions, attaqué la commune pour
vice de forme au Tribunal Administratif qui leur a donné gain de cause sans
considérer le fond. Ils ont ensuite déposé un permis modificatif comportant des
changements si limités que la Commission Régionale des Sites a émis en 2008 à
l’unanimité un avis défavorable à cette nouvelle mouture.
Suivant l’avis de la commission, le Préfet de Région a infirmé l’avis
favorable de l’Architecte des Bâtiments de France du Jura. S’appuyant sur cette
décision, le Maire de Château Chalon a notifié aux pétitionnaires le refus de
ce permis modificatif ; cependant, ceux-ci ont prétendu, contre la lettre
et l’esprit de cette décision, s’en autoriser pour
revenir au permis initial de 2001, le plus catastrophique. Ils ont choisi de
reprendre la construction, défiant ainsi le Maire et le conseil municipal de
Château Chalon, le Préfet de Région et la Commission des Sites.
Si une telle attitude d’indifférence à l’égard du bien commun et des
exigences réglementaires de la zone protégée devait être couronnée de succès,
cela constituerait un précédent très grave quant au respect des règles
d’urbanisme que les autorités ne pourraient plus signifier à d’autres sans être
soupçonnées de partialité. Nous
soutenons donc toutes les démarches entreprises par la municipalité et les
autres instances concernées par ce dossier afin que prévale enfin une solution
assurant la perpétuation d’un héritage patrimonial auquel nous sommes
profondément attachés. Texte collectif.
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